Sophie Calle – Rachel, Monique @ Festival d’Avignon

      Allez on a fait le tri dans les photos de vacances et on vous propose une petite séance diapo avec une superbe expo de Sophie Calle à Avignon. Le festival d’Avignon n’est pas qu’une grosse orgie de pièces de théatres, on peut en effet varier les plaisirs avec quelques expositions : invitée de marque cette année, Sophie Calle a pris possession de l’église des Celestin pour y installer Rachel, Monique, une exposition hommage à sa mère. L’exposition n’est pas nouvelle dans le sens où la majorité des œuvres qui la composent ont déjà pu être vues, entre autres, à la biennale de Venise et au Palais de Tokyo dans une expo du même nom en 2010.

      En revanche l’exposition est inédite dans cette forme et mise en scène et atteint, si l’on peut dire, sa version ultime. D’une part l’église, lieu de receuillement par excellence, a vraiment été exploité par l’artiste, que ce soit le bâtiment en lui même comme sa symbolique. Le Dieu que l’on y prie est sa Mère. Il ne s’agit aussi pas de n’importe quelle église, mais d’une église romane vidée de toute sa liturgie. Ici pas de sièges, de messe ou d’autels, nos pieds foulent la poussière et c’est à même la pierre que Sophie Calle a disposé ses installations.

      Habituée des performances, elle se met elle même en scène en prenant place au coeur de l’Eglise pour y lire les journaux intimes de sa mère qu’elle découvre en même temps que nous (malheureusement elle était absente le jour de notre venue). Plusieurs petits haut-parleurs, disposés à différents endroits de l’Eglise, sont là pour que cette lecture puisse accompagner les visiteurs tout le long de leur périple. Du lieu on fouille les recoins comme on fouillerait le journal intime de Sophie Calle qui elle même fouille celui de sa mère.

      La mise en espace de l’exposition nous contraint à une visite en procession qui nous fait passer de l’avant, au pendant jusqu’à l’après de la mort de sa mère. Cette intimité dans laquelle nous fait rentrer Sophie Calle nous renvoie à nos propres rapports avec notre mère,  mais aussi à nos rapports avec la mort.

Beaucoup de pointes d’humour dans les différentes oeuvres exposées.

 

Sur la plaque on peut lire: Chaque fois que ma mère passait devant l’Hôtel Bristol, elle marquait un arrêt, se signait et nous priait de la boucler:  »Silence, disait-elle,  c’est ici que j’ai perdu ma virginité. »

 

Sophie Calle nous raconte ses pérégrinations à Lourdes où l’a envoyée sa voyante.

 


Un assemblage au sol, assemblage de plaques funéraires aux doux noms de maladies et autres infections guéries à Lourdes.

 

Le coeur de l’Eglise où Sophie Calle prend place pour lire les journaux intimes de sa mère.

 

Malheureusement, elle était absente le jour de notre venue.

 

Superbe épitaphe.

 

Une allée de photos de pierres tombales.

 

Le sac posé sur la pierre tombale de sa mère contient le livre lié à l’exposition. Sophie Calle y a écrit:  »Ne le prenez pas!!!! Il est à elle. Sinon elle se vengera …. » On pouvait d’ailleurs se poser à différents endroits sur le chemin de l’exposition pour se plonger dans le livre, un livre par ailleurs magnifique (on vous en reparle un post prochain)

 

Quand ma mère est morte j’ai acheté une girafe naturalisée. Je l’ai installée dans mon atelier et prénommée Monique. Elle me regarde de haut avec ironie et tristesse.
 

Le récit en photos de l’expédition en arctique de l’artiste. Elle y a déposé les bijoux de sa mère qui rêvait d’aller se perdre dans le pôle nord.
 

Sophie Calle nous raconte son périple en blanc sur blanc comme écrit dans la neige.

 
Deux salles interdisaient la prise d’images: dans la première était projetée une vidéo de plusieurs minutes tentant de capturer le dernier souffle de la mère de Sophie Calle. Dans l’autre la dernière photo de la defunte, dans son cercueil au milieu de ses objets favoris.
 
Cette exposition rend un bel hommage à la mère de Sophie Calle tout en sensibilité et en retenue, faisant parfois le grand écart entre l’humour et le morbide. Elle aura sans doute provoquer des réactions très diverses mais n’aura certainement pas laisser indiférrents les personnes qui se seront plongés quelques instants dans l’univers intimiste de l’artiste.
 
Pour info, vous pouvez dès à présent voir le travail de Sophie Calle à Paris dans une autres exposition au thème très différent qu’on vous laissera découvrir:

Sophie Calle –  « Pour la dernière et pour la première fois » du 8 septembre au 27 octobre à la galerie Perrotin (76 rue de Turenne, Paris)