Philip Guston – Laughter in the Dark, Drawings from 1971 & 1975 @ Hauser & Wirth

      Aujourd’hui c’est le dernier jour de l’exposition Laughter in the Dark, Drawings from 1971 & 1975 à galerie New Yorkaise Hauser & Wirth. Il s’agit d’une rétrospective des dessins de l’artiste Philip Guston (mort en 1980) datant de 1971 à 1975.  Ces dessins incluent sa série Poor Richard, une série de caricatures de Richard Nixon, très impopulaire président des Etats-unis qui démissionna suite au fameux Watergate. Mais l’exposition dévoile en plus une centaine d’autres dessins et peintures quasi inédits du public. C’est la première fois qu’est rassemblée en intégralité cette partie de son travail, une partie qu’on adore vraiment, et si vous n’avez pas pu, comme nous, faire le voyage à New York en voici un recap.

      La galerie avait déjà consacré en 2016 une exposition sur Philip Guston, celle-ci s’attardait sur la transition qu’a subit l’oeuvre de l’artiste, passant de l’expressionnisme abstrait à une figuration grotesque aux relents cartoon (que nous de notre côté on adore, entendez bien). Ce changement dans le travail de l’artiste, qui s’est opéré au début des années 70, avait été vécu à l’époque comme une trahison scandaleuse de la part du milieu de l’art. Dans le même temps, l’Amérique vivait elle aussi une période tumultueuse avec un climat civil tendu et violent, le rejet de la guerre du Vietnam et l’administration Nixon au pouvoir très décriée. Dans son studio situé dans le Woodstock New-Yorkais Philip Guston s’attaque alors au président républicain en réalisant une série de dessins entre caricature et comic-strip, esthétiquement dans la continuité du chemin artistique nouveau qu’il venait d’emprunter. Cette série de dessins est juste folle, chef d’oeuvre absolu, assez méconnu chez nous peut-être, et qu’on peu revoir à loisir en feuilletant le livre Poor Richard édité en 2001 par The University of Chicago Press dans lequel ont été recueillis 73 dessins de la série.. On vient de vous faire une petite vidéo histoire que vous puissiez y jeter un oeil à ce bouquin indispensable.

      Comme vous pouvez le constater Nixon apparait souvent sous les traits d’une tête seule, une tête de bite pour être clair, avec un long nez phallique et des joues testiculaires. Dans les nombreux dessins présentés ici, on y suit ses misérables et multiples aventures qui ont fait de lui cet homme politique si détesté aujourd’hui par l’Amérique. Mais Richard Nixon n’est pas le seul homme politique caricaturé par Guston, dans plusieurs des dessins on le voit accompagné d’une troupe de personnages qui ne sont autres que ses collègues: son conseiller à la défense Henry Kissinger (les grosses lunettes), le vice-président Spiro Agnew (la tête conique), et le procureur général John Mitchell (celui fumant la pipe). Evidemment pour apprécier le sens de ces différentes dessins il faut bien connaitre l’histoire américaine, le cas Nixon et les nombreux événements qui ont jalonné son parcours de président. Dommage qu’une publication ne donne pas plus d’éléments historiques, dessin par dessin, qui permettraient de prendre la pleine mesure de cette oeuvre. Néanmoins si vous êtes courageux allez lire le dossier de presse très complet qu’a écrit la galerie Hauser & Wirth: celui-ci s’attarde justement sur quelques passages de l’ère Nixon, comme par exemple sa visite en chine de 1972 (alors qu’il était totalement anti-communiste). Dans la partie des dessins inédits, on peut découvrir un autre groupe de dessins,The Phlebitis serie, réalisé plus tard, après sa démission. Ceux-ci charge un Nixon qui, déjà gracié par son successeur Gerald Ford, a évité de témoigner à son procès suite à sa phlébite.

      Disons aussi quelques mots sur une oeuvre qui se détache de l’exposition: il s’agit de ce grand format carré intitulé San Clemente, c’est là où Nixon s’est réfugié après le scandale du Watergate et sa démission. Dans cette peinture on y voit un Nixon rouge fiévreux trainer sa monstrueuse jambe gonflée par la phlébite sur la plage californienne. La toile est très forte, à la fois fascinante et répugnante, Nixon a l’air d’un chien battu, versant une grosse larme de douleur mais la peinture justement nous évoque plus le dégoût suscité par l’homme politique que la pitié. On peut y voir aussi une réflexion sur le déclin et la mortalité, la peinture a été réalisée 5 ans avant la mort de Guston.

      Ce qui est intéressant également dans cette exposition, c’est le parallèle qui est fait entre ce Nixon détesté et le Philip Guston isolé après son revirement figuratif. L’exposition présente à ce propos deux grand auto-portraits de l’artiste dans lequel il s’est peint allongé dans son lit, esseulé et souffrant: il faisait alors face, comme dit plus haut, à un vif rejet critique. Vraiment si vous ne vous êtes pas encore penché sur le cas Guston il faut vous y mettre, et on conclura avec encore quelques autres photos de cette exposition qui se termine aujourd’hui.

 

Installation views by Genevieve Hanson.

All pics courtesy © The Estate of Philip Guston and Hauser & Wirth

 

Philip Guston – Laughter in the Dark, Drawings from 1971 & 1975 @ Hauser & Wirth

Jusqu’au 28 janvier 2017 à New York

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