Paul Kremer – Base Zones @ Sorry We’re Closed

Voici une autre exposition à voir du côté du 67 rue de la Régence à Bruxelles, il s’agit de Base Zones,  nouveau solo show de Paul Kremer qui se tient à la galerie Sorry We’re Closed. L’artiste américain présente ici une petite dizaine d’oeuvres qui montrent l’étendue de son travail, entre peintures abstraites et impressions digitales.

Parlons tout d’abord des peintures abstraites de Paul Kremer. Réalisées à l’acrylique sur toile, elles sont d’un format imposant, 2m d’envergure pour la plupart, et se posent devant nous comme des paysages minimalistes. En héritier du mouvement Colorfield Painting, l’artiste déploie de grands aplats de couleurs vives, sur une étendue blanche. Certains diront avec humour qu’il s’agit de la palette FedEx et ça aurait du sens car Paul Kremer aime s’amuser, surtout avec nous. Il joue ici avec les espaces négatifs et positifs, ou pour mieux perdre notre regard il associe perspectives et plans rabattus. Les toiles portent des noms explicites comme Glacier, Crevice (fente), et au début c’est bien dans le paysage annoncé qu’on s’engage, sauf que parfois on finit par se demander si celui-ci est bien à l’endroit. Cependant aux bout de quelques instants,  les formes géométriques reprennent le pouvoir dans notre rétine, et elles s’affrontent, s’appuyant lourdement les unes contres les autres, avec parfois des déchirements de couleurs, qui créent des zones de tension absolue dans les toiles de l’artiste.

 

 

 

Ces peintures qui occupent l’espace principale de la galerie, et dans la petite pièce d’à côté,Paul Kremer expose une toute autre facette de son travail, qui s’appuie notamment sur une réflexion sur internet et les réseaux sociaux. On peut tout d’abord découvrir une grande impression digitale sur toile intitulée Your disappointment is irrelevant. En fait cette phrase, Paul Kremer l’a entrée dans Google et ce sont les images sorties par le moteur de recherche qu’on retrouve sur cette composition de photos. L’artiste a déjà réalisé toute une série d’oeuvres sur ce concept, vous pouvez les voir sur ce tumblr IMG_SRCH. Cette association d’images créée par des algorithmes revêt finalement un caractère poétique, l’association des ces images nous invitant à imaginer un sens à cette composition digitale.

 

 

IMG_SRCH n’est pas le seul site animé par Paul Kremer, une tablette numérique était là pour faire découvrir deux autres tumblr: le premier, le plus connu est GREAT ART IN UGLY ROOMS. Sur celui-ci, et c’est annoncé dans le titre, l’artiste s’amuse à l’aide de montages photos, à placer des oeuvres connus dans des endroits un peu moisis, preuve en est les quelques exemples qui suivent. A une époque où on passe souvent plus de temps à regarder des oeuvres d’art via nos multiples écrans, il nous question sur l’importance du contexte dans la valeur donnée aux oeuvres. Au delà du lieu dans laquelle elle est présentée, ça nous ramène à tout cette hype dont bénéficient certains artistes, est-ce que si nous n’avions pas vu la même oeuvre partagée par des gens « importants » sur instagram est-ce que nous y aurions porté autant d’intérêt. Voilà une vraie question à se poser, et qui vient remettre en question notre échelle de valeur. Cependant, on n’est pas obligé non plus de se prendre la tête avec ce genre de réflexions et prendre le tumble de Paul Kremer pour ce qu’il est une farce très réussie, tellement que plusieurs de ses amis se sont pris au jeu en déplaçant leurs oeuvres pour du vrai cette fois dans des endroits improbables. A la galerie on nous a raconté aussi que Paul Kremer s’était amusé à créer et poster des photos de ses peintures dans des fameuses galeries d’art contemporain, suscitant de suite l’intérêt de nombreux followers, Don’t Believe the Hype…

 

 

Pour terminer, il existe un dernier site, mêlant lui aussi réflexion et humour, il s’agit de ARTSCRUB: Paul Kremer a cette fois utilisé des photos de personnes regardant des oeuvres dans les musées sauf qu’il a gommé les oeuvres en question. Du coup il ne reste plus que ces visiteurs qui semblent plonger leur regard vers le néant, à nouveau c’est notre regard sur l’oeuvre qui est questionné. L’artiste expliquait qu’il nous imaginait aussi les accrocs au smartphone en train de regarder leurs mains vide, une prochaine série à venir peut-être?

 

 

Finalement, on était venu pour les peintures abstraites de l’artiste et on s’est retrouvé tout aussi intéressé par la partie « digitale » de son travail. Nul doute que Paul Kremer est un artiste complet et qu’il faudra le suivre de près en galerie et sur le web. Son expo est visible jusqu’au 18 mars prochain à Bruxelles, une raison de plus de venir faire un tour dans la capitale belge qui a une actualité très riche en ce début d’année.

 

 

Artworks pics courtesy of Paul Kremer & Sorry We’re Closed. 

 
 
Paul Kremer – Base Zones @ Sorry We’re Closed

Jusqu’au 18 mars 2017 à Bruxelles.

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