Jean Jullien :-) / :-( , L’interview

Jean Jullien - la grosse itw - 14Dans quelques jours, dimanche pour être précis, Jean Jullien entrera en résidence à L’attrape Rêve pour préparer son exposition 🙂 / 🙁 . D’ailleurs ce n’est pas une mais bien deux expositions que nous aurons l’occasion de découvrir la semaine prochaine car deux thèmes se feront écho, la tragédie et la comédie, et ce dans deux lieux différents, vous comprenez à présent mieux l’intitulé en smiley de l’expo. A la galerie L’attrape Rêve ce sera la face comique qu’on pourra découvrir tandis qu’à la galerie Michel Lagarde ce sera la face tragique qui vous y sera présentée.

 

Pour fêter l’événement, et aussi avant tout parce qu’on est vraiment fan du travail de Jean Jullien, nous sommes allés lui poser quelques questions, sur l’expo évidemment, sur ses créations en général, mais comme ce n’est pas tous les jours qu’on a une star de l’illustration sous la main, nous avons aussi pas mal discuté avec lui de cette facette de son travail d’artiste.


 


Jean Jullien - la grosse itw - 16

Jean Jullien devant l’entrée de sa dernière exposition en date, Allo?

 
Jean Jullien l’illustrateur:
 

Tu consacres une partie de ton activité d’artiste au métier d’illustrateur et j’aimerais te poser quelques questions qui pourraient aider les jeunes qui n’en veulent. Tu peux nous parler tout d’abord de ton parcours professionnel, quelle orientation as tu suivie?

 

J’ai toujours dessiné mais je voulais à la base faire de l’animation ou de la BD mais j’ai été refusé dans toutes les écoles à cause d’un dossier scolaire peu reluisant. C’est vraiment débile le système français de ce côté là… La seule école où j’ai été accepté était un BTS en communication visuelle au Paraclet à Quimper. Je ne savais même pas ce que ça voulait dire mais vu que ça avait un rapport, même lointain, avec le dessin, j’ai décidé de tenter. Ça m’a appris les bases du graphisme et de la communication. Mes professeurs Véfa Lucas et Fañch Le Henaff étaient tous les deux des professionnels passionnés et ce sont eux qui m’ont fait découvrir la culture graphique au delà de la plaquette de camping. Ça m’a vraiment passionné. Ils m’ont fait découvrir Milton Glaser, Saul Bass, les M/M, etc… J’ai découvert que le dessin était un outil plus qu’une fin en soit. C’était comme d’ouvrir la boite de Pandore…

 

Dans cette petite vidéo réalisée pour les YCN awards de 2010, Jean Jullien nous explique son travail en quelques coups de crayons.
 

Et après l’aventure londonienne…

 

Après ça, j’ai enchaîné avec un Bachelor en Graphic Design à Central Saint Martins, à Londres. J’ai adoré mon cursus là-bas, c’était un peu le contre pied de Quimper, où l’enseignement était quelque peu rigoureux et scolaire. À St Martins, c’était comme une grande cour d’école. On était 200 dans ma classe, venus des 4 coins du monde. J’ai rencontré plein de monde et touché à tout, de la photo à la vidéo en passant par le volume. C’est aussi là que j’ai collaboré pour la première fois, avec le designer Jae Young Huh. On a notamment crée des séries de vêtements pour des marques coréennes, alors qu’on était encore en 2ème année. Les écoles anglaises se basent sur la notion d’autonomie, ce qui change pas mal de la France. Chacun est libre de gérer son temps comme il l’entend, du moment que le résultat est là. Cette philosophie m’a permis de commencer à développer une pratique plus ou moins personnelle en marge des cours. Je mettais mes travaux en ligne sur mon site et de fil en aiguille, ça à été blogué, puis reblogué, etc… C’est Manystuff qui m’a donné mon premier vrai boulot, en commissionnant une image pour leur publication, puis en me demandant de faire la com pour leur expo à Toulouse et d’y participer en tant qu’exposant. Après ça, ça a été assez vite, grâce aux réseaux sociaux et au blogs notamment. On a vraiment de la chance de vivre aujourd’hui, c’est tellement démocratique.

 
Jean Jullien - la grosse itw - 33

Illustration réalisée pour le magazine Manystuff, c’est une photo d’une composition en papercraft. Elle a aussi fait la couv’ du chouette bouquin Stereographics

 

Pourquoi avoir choisi à l’époque de partir étudier à Londres et pourquoi y es-tu resté? Pourtant on sait que tu es vraiment un amoureux de ta ville natale, Nantes.

 

J’y suis parti dans un désir de voir du pays, tout simplement. J’ai adoré mes études à Quimper et les rencontres que j’y ai faites mais j’avais envie de voir ailleurs. Et Londres est une capitale incroyable pour la culture mais pas seulement. Le nombre d’écoles, d’agences, de studios et d’artistes au mètre carré est incroyable, c’est super stimulant. Le public y est très réceptif et j’y ai fait de bonnes rencontres professionnelles autant qu’humaines. J’adore en effet Nantes, et je la vend à qui veut bien l’entendre, mais le fait de bouger à Londres était une étape importante dans mon parcours. Je ne sais pas si j’aurais pu faire les mêmes choses si j’étais resté à Nantes après mes études. La capitale est importante pour les artistes. Elle est pleine d’opportunités et ,même si internet a changé la donne et permet aujourd’hui de travailler pour le New York Times alors qu’on habite chez ses grand parents à Cholet, il y a des choses que l’on ne peut vivre qu’en vrai. Ce fut le cas pour moi à Londres. Mais ça ne change rien à l’amour que je porte à ma ville. Et puis je compte bien revenir à Nantes un jour. Heureux qui, comme Ulysse, …

 

Jean Jullien - la grosse itw - 2
 
Est-ce qu’illustrateur de nos jours est un métier difficile? Dans ton cas tu es représenté par Michel Lagarde et son agence Illustrissimo, il n’y a point de survie sans agence ou c’est juste un gros plus?

 

Les agents sont un vrai plus quand il s’agit de négocier de gros contrats. Je suis mal placé pour dire si le métier d’illustrateur est difficile aujourd’hui puisque j’arrive à bien en vivre. Je pense cependant qu’il y a une compétition incroyable, du fait d’internet et de ce côté très démocratique dont je parlais. Mais c’est une bonne chose, ça donne envie de sortir du lot. Il ne faut pas voir ça comme une constante compétition mais c’est assez sain de savoir qu’il y a toujours du sang neuf. Ça donne envie de se renouveler et de ne pas se reposer sur ses lauriers. Pour revenir aux agences, j’ai toujours eu la chance d’être directement contacté par les clients, mais mes agents sont un gros plus dans la gestion de certains projets. Je viens de signer avec un nouvel agent à Londres, Handsome Frank, qui me rapporte pas mal de nouveaux projets de leur côté. La France est différente en ce sens où il y a, d’un côté, un véritable monopole de quelques grosses agences qui contrôlent le marché de la pub, et de l’autre côté, tout ce qui concerne la presse et l’éditorial et qui est géré directement par les DA (ndlr: directeurs artistiques), ce qui est assez sympa et plus proche de la façon de travailler des anglais. Ça reste humain et ça marche à la confiance. J’adore bosser avec Télérama, les Inrocks ou Le Monde, c’est très simple. On se suggère des idées mutuellement, on essaie…

 

Jean Jullien - la grosse itw - 28Et tu pourrais nous faire un top 3 des illustrations dont tu es le plus fier, des illustrations dont tu te remémores encore l’excellente idée que tu avais trouvée?

 

Je peux t’en citer trois récentes dont je suis satisfait oui:

 

-La première est une illustration pour New York Magazine, pour un article d’Adam Platt sur « où manger à New York? ». Je me rappelle avoir pensé à l’affiche classique qui est chez les bouchers sur le « quoi manger dans le cochon, le veau, etc », avec ce profil de la bête découpée selon ses morceaux choisis.

Jean Jullien - la grosse itw - 7-La deuxième est tirée de l’exposition « Allo? ». C’est un chien qui se renifle tellement les fesses que son museau lui rentre dans le derrière. C’est une image assez horrible en soit mais je me souviens l’avoir dessinée sur la serviette de la pizzeria Pinocchio à Nantes, lors d’un déjeuner avec mon père. Je dessine tout le temps au resto, sur les nappes ou les serviettes, mais lorsque j’ai fait celui-ci, je me suis tout de suite senti embêté d’avoir dessiné un truc aussi atroce dans un resto familial. Je me suis ensuite dit que ça pourrait par contre trouver son public sur internet. Je préfère presque la version serviette en papier à la version finale léchée qui était sur les murs de la Kemistry Gallery.

Jean Jullien - la grosse itw - 9 Jean Jullien - la grosse itw - 8

-Et enfin pour finir, cette dernière illustration que j’ai réalisée à titre personnel mais qui a fini dans l’expo « Allo? ». J’étais en vacances à la Grière l’été dernier avec ma famille dont mon grand père que je passe beaucoup de temps à dessiner. Il est chauve depuis toujours, ce qui est assez agréable à dessiner (ça permet de s’entraîner à faire des courbes parfaites…). Je revenais d’une discussion sans fin avec un client et avec le soleil qui tapait, j’avais l’horrible impression que la marque du téléphone me resterait sur le côté de la figure. Mais j’avais les cheveux un peu long donc ça ne marchait pas graphiquement, d’où l’idée d’utiliser Papy pour l’image finale.

 
Jean Jullien - la grosse itw - 10

Des publications d’univers très différents t’ont commandé des illustrations mais,  si tu pouvais choisir, il y aurait des magazines dont tu rêverais faire la couverture ou, au moins, y apparaître dans les pages?

 

La couverture du New Yorker, c’est le Saint Graal de tout illustrateur. J’ai déjà travaillé pour l’intérieur du magazine, mais la couverture reste mon Everest!

 

Un univers créatif sans limites:

 

Depuis quelques temps sur ton facebook, et sur le site News of the Times que tu partages avec Gwendal Le Bec, tu postes des dessins en réponse à l’actualité, par exemple pour l’élection du pape, le mariage pour tous ou encore le tout nouvel album des Daft Punk. Est-ce que ça te brancherait de faire ça tous les jours, pour un quotidien? Tu y a déjà pensé?

 

J’y ai déjà pensé, oui, mais je ne sais pas si j’aurais le temps pour être honnête. Le fait de le faire pour un quotidien serait chouette mais ne pourrait marcher que si on me laissait carte blanche, ce qui est le cas lorsque je le fais pour moi, bien évidemment. Et puis les réseaux sociaux ont cet avantage d’être accessibles à tous, ce qui est la vraie mission de l’information et de la communication. L’idéal serait qu’un quotidien publie ce que je poste, plutôt que je crée pour eux. S’il y a des preneurs, je suis ouvert à la discussion!

 
Jean Jullien - la grosse itw - 20

Tu as beaucoup utilisé le format poster/affiche, le texte est toujours très rare dans tes réalisations, le trait parfois grossier et tes dessins utilisent des formes simples (bon c’est sûr que dit comme ça ne met pas forcément en valeur ton travail 🙂 ). Cette mise en forme des idées, du message, ça me fait penser à ces anciennes affiches qu’on trouvait par exemple dans les salles de sciences à l’école. On peut retrouver d’ailleurs quelques-unes de ces affiches dans ce bouquin paru aux éditions des Requins Marteaux  »Trésors de l’institut national de recherche et de sécurité ». Est-ce que ces illustrations ont été une source d’inspiration pour toi?

 

Je ne connais pas ce bouquin mais je vais clairement me ruer dessus! Oui cette culture de l’affiche a eu une grosse influence sur mon travail au début. J’ai découvert Savignac (ndlr: Raymond Savignac) et consorts lors de mes études à Quimper. Ce furent mes premiers amours et restent parmi mes préférés. Il y a quelque chose de très didactique dans la manière qu’ils avaient de construire une image. C’était presque mathématique: formes, couleurs, agencement, texte, tout se répond de manière très logique pour créer une image dont la lecture est immédiate et parfaite. J’essaie cependant de ne pas m’enfermer dans ce modus operandi et de multiplier les supports, tout en restant cohérent.

 
Jean Jullien - la grosse itw - 31 Jean Jullien - la grosse itw - 32

Extraits du portfolio consacré à Savignac dans le magazine Fortune (1951)

 

Et question plus technique tu bosses avec quels outils, il me semble que certaines de tes illustrations sont sur papier et d’autres sont faites directement à la palette graphique, quelle est la part de l’un et de l’autre?

 

Je fais toutes mes illustrations au pinceau sur papier en fait. Je scanne ensuite et colorise sur l’ordinateur. Sauf cas rare où je m’essaie à l’aquarelle, mais ça c’est plutôt l’été. Il est important pour moi de commencer sur le papier, par simple plaisir, mais je ne renie en rien l’ordinateur, au contraire. Mais je pense qu’il est important que je me fasse violence, et c’est pour ça que je profite de mes expositions pour sortir de ma zone de confort et essayer des choses en volume ou, pour  » :- ) / :- ( « , d’essayer la peinture. Mais c’est vrai que même si je n’en fais pas une religion, je reste assez attaché au fait de dessiner sur papier.

 
Jean Julien - les gens plats 9

photo par Les Champs Libres

 

A propos du papier, c’est un medium que tu sembles aimer énormément non ? C’est déjà ton support de prédilection pour tes dessins, mais tu l’as aussi utilisé pour réaliser des personnages en volume et pas mal de tes vidéos utilisent des personnages plats en cell shading.

 

Je l’utilise en effet au quotidien pour mon travail commercial, dans un système assez rôdé puisque je travaille beaucoup comme ça. Mais je prends plaisir à expérimenter et essayer de trouver d’autres solutions à mes idées, tout en gardant le même langage graphique, que ce soit avec les géants de papier par exemple ou dans les vidéos.

 

Jean Jullien au travail, en train de réaliser une superbe composition de personnages en papier.

 

L’humour est omniprésent dans ton travail, un humour très fin qui analyse et se moque fort bien des travers de notre société. C’est donc le moment de sortir ma question Michel Drucker, alors dis nous Jean Jullien, quand tu étais petit à l’école, tu faisais rire tes camarades de classe? Tu dessinais et mettait en scène tes professeurs?

 

Pas trop non. Enfin j’ai toujours dessiné en classe oui, dans mes cahiers, dans les marges. C’était très geeky, avec des personnages de manga et de comics à gogo. Au lycée, avec mon copain Nico, on créait des BD sur nos camarades de classes et nos profs. C’était assez horrible mais on était morts de rire. En parallèle de ça, je faisais beaucoup de jeux de rôle, avec mes cousins, mon frère, et mes copains de lycée. Je dessinais beaucoup pour ça aussi.

 
Et la question spéciale humoriste, est-ce qu’on peut rire de tout avec toi?
 
Oui, à priori.
 
Jean Jullien - la grosse itw - 5

Ce qui est sûr c’est que tu trouves à chaque fois des idées originales et assez géniales. Pour ne citer que deux exemples récents, il y a eu les gens plats, ces géants découpés dans du papier et je pense aussi à cette peinture que tu as présentée en avril dernier au festival Pick Me Up et qui utilisait la réalité augmentée. Il y a déjà eu des gens qui se sont essayés à utiliser les smartphones pour interagir avec des œuvres mais toi tu as vraiment mis dans le mille. Comment ça te vient ce genre d’idée? En plus tu ne recycles pas beaucoup, c’est souvent très original.

 

Merci, j’essaie de m’amuser et de ne pas toujours faire la même chose. C’est très bancal pour être honnête. La plupart du temps quand j’expose quelque chose, je me dis qu’il y a une chance sur deux pour que ce soit un échec total. C’est une prise de risque, c’est grisant. Sans ça je serais en mode pilote automatique et les gens s’ennuieraient autant que moi. Pour l’expo à Paris, j’avais l’option de faire un tout imprimé comme à la Kemistry Gallery, quelque chose que je maîtrise assez pour être sûr du résultat. Mais ça n’aurait rien eu de très original. C’est pour ça que j’ai fait le pari des peintures, qui vont surement surprendre puisqu’elles sont bien moins maîtrisés que les affiches. Mais j’ai pris un plaisir dingue à les faire. J’ai changé ma palette de couleurs, j’ai recommencé, etc… C’est au final très cohérent et ça s’inscrit dans mon parcours comme un pied de nez à mon confort de création.

 
Jean Jullien - la grosse itw - 6

La fameuse peinture qui utilise la réalité augmentée

 

On a hâte de les voir en tout cas. Une réalisation dont il faut absolument parler de mon point de vue c’est le Nid, si un jour je passe à Nantes je veux absolument aller boire un verre là bas, assis sur un œuf. Je trouve que c’est une merveille de design, c’est juste incroyablement beau, bien pensé et ludique. Tu as bossé sur ce projet avec ton frère et ça vous a pris une année. Tu peux nous raconter brièvement l’aventure de ce projet, sa conception, sa réalisation?

 

Le voyage à Nantes (ndlr: ) m’a approché en 2011 pour me proposer d’investir le haut de la tour de Bretagne, sorte de tour d’ivoire privatisée possédant un point de vue inégalé sur la ville, visible de partout, mais inaccessible. Il y avait comme un sentiment d’injustice que le VAN à voulu corrigé. C’était un projet dingue, il m’ont vraiment donné les clés et dit « fais ce que tu veux ». Ma seule contrainte était de créer un lieu qui soit 50% lieu public, et 50% oeuvre d’art. J’ai donc décidé de créer un bar (le meilleur des espaces publics…) aussi confortable que possible. Le fait qu’il soit si haut placé (140m de haut!) et qu’il ait un tel point de vue m’a immédiatement fait penser à un nid. De là, l’oiseau monumental s’est imposé, et avec lui ses oeufs.

 
Jean Jullien - la grosse itw - 23

J’ai travaillé avec les architectes Urban Makers pour la maitrise d’oeuvre et avec Métalobil, qui ont donné vie aux oeufs et à l’oiseau, sur la base de mes dessins. C’était la première fois que je collaborais autant avec des professionnels. Ça a été une expérience super enrichissante. Je suis assez impulsif dans mon travail et tout le monde a été extrêmement patient et professionnel. Ça s’est vraiment bien passé. J’avais au début le sentiment d’être un peu une fraude, étant assez jeune et travaillant tout seul. Mais tout le monde autour de moi était vraiment à l’écoute et très patient. J’avais pour habitude de garder un maximum de contrôle vis à vis de mes créations, de manière quasi fasciste. Là étant donné l’envergure de l’oiseau et les règles de sécu et de réalisation, il était évident que j’allais devoir me faire violence et faire confiance à des gens qui avaient plus d’expérience dans le domaine.

 

Jean Jullien - la grosse itw - 18

 

Les gars de Métalobil ont fait un boulot incroyable. Ils sont partis de mes croquis les plus crades et ont modelé petit à petit, après moults allers et retours, un oiseau parfaitement fidèle à l’original, mais s’inscrivant dans une faisabilité bien concrète. Quand j’ai vu le dernier stade de la 3D, j’étais scotché. Le résultat est plus fidèle à mon idée que mon dessin lui même. Ça a été une grande leçon. (ndlr: dernière minute Le NID a été sélectionné par le jury région Pays de Loire pour participer au prix de la clef d’or 2013 organisé par EGF BTP)

 

Jean Jullien - la grosse itw - 24

 

Outre les oeufs et l’oeuf, il a fallu décider de tout le reste: le sol, les murs, la signalétique, etc etc… C’est vraiment mon projet le plus complet en ce sens qu’il a combiné toutes les différentes pratiques que j’ai pû expérimenter.

 

Jean Jullien - la grosse itw - 25 Jean Jullien - la grosse itw - 27

photos courtesy of Urban Makers

 

Enfin, une fois que les murs étaient montés, l’oiseau et les oeufs en place, j’ai demandé à Nico de composer la bande originale, qui achevait de donner au lieu une véritable identité. C’est comme ça que nous fonctionnons pour nos projets et je voulais que le Nid s’inscrive dans une pratique qui restait mienne, malgré son ampleur.

 

Tu bosses d’ailleurs pas mal avec ton frère, Nicolas, aka le groupe de musique électronique Niwouinwouin, pour les installations et les vidéos entre autres (notamment pour ses propres clips). Vous travaillez même sous le nom des Jullien Brothers mais vous n’êtes pas dans les mêmes registres, Nicolas fait surtout de la musique et, je crois, touche bien à l’anim. Mais qui fait quoi exactement dans ce duo?

 

Nico est musicien et excelle avec les machines en général. De mon côté je dessine. Nous avons les mêmes goûts, le même parcours familial, on est copains comme cochons et on passe tout notre temps ensemble, ça nous est vite apparu logique de mêler nos pratiques pour pouvoir créer de nouvelles choses. C’est très complémentaire. Nous sommes tous les deux à la base de nos projets communs, on discute les idées (souvent inspirées de comics, films ou jeux de rôle) et on se met à réaliser, je dessine, il anime, il fait la musique, etc… C’est vraiment de la création à 4 mains.

 
Jean Jullien - la grosse itw - 11

Le studio commun des Jullien Brothers

 

Et comment ça se passe le brainstorming entre frangins? Vous êtes relativement sur la même longueur d’onde ou c’est plutôt l’émulation ou la baston qui prime?

 

Pas de baston du tout, au contraire, on passe notre temps à se marrer. Nos tempéraments sont très différents: Nico est très patient, très méticuleux , très calme. Moi au contraire je suis un bourrin, très nerveux, très tranchant et impulsif. Je le bouge et il me calme. Ça marche bien.

 

Clip foufou réalisé pour le morceau Troll Slayer de Niwouinwouin

 

Jean Jullien - la grosse itw - 4

Exposition Whodunnit? réalisée par les deux frères au Chateau à Nantes, une espèce de Cluedo farfelu

 

La double expo 🙂 / 🙁 :

 

Bon à présent parlons de ton actu du moment, la double exposition 🙂 / :-(. Déjà première question, si je veux la recommander à un ami je lui que ça s’appelle comment ?

 
Si tu le sms ou si tu le mail c’est facile, après tu peux le mimer!
 

J’essaierai :). Encore une fois ça sort de l’ordinaire avec ce concept inédit d’exposition en deux lieux différents, un pour la comédie et l’autre pour la tragédie. Tu peux nous en dire un peu plus sur cette idée de départ? Est-ce que des oeuvres vont se répondre, je veux dire est-ce il faudra faire des aller-retour entre les deux pour tout comprendre? En tout cas c’est déjà une bonne idée d’avoir mis les vernissages deux jours qui se suivent.

 

Les deux galeries présentent deux séries qui font partie d’un même corps de travail: une étude humble et ironique sur notre quotidien. J’ai posé l’accent sur cette notion de « scènes de vie » car je veux essayer des choses nouvelles à chaque expo. Ma précédente, « Allo? », était déjà une série sur notre quotidien quoique l’angle était bien défini: la technologie et les comportements sociaux et associaux. Je me suis vraiment amusé avec cette expo, à créer des images avec une grande méticulosité, des choses très léchées, très controlées, et qui pouvaient facilement se partager sur les réseaux sociaux qui en étaient le sujet. Mais notre société ne s’arrête pas encore à nos écrans, et j’ai beaucoup d’autres observations à partager. 🙂 / 🙁 est donc la deuxième partie de cette étude en quelque sorte. Dans le plan de travail, j’ai essayé de prendre le contrepied d’ « Allo? » et d’exclure ,autant que faire se peut, les écrans des scènes de vie que je raconte. Ce sont des peintures, avec beaucoup de texture et une gamme de couleurs assez différente. Là où le fluo et les applats minimaux se prêtaient bien au thème des médias et de la technologie, j’ai choisi la peinture et des tons bien plus discrets pour raconter le réel et les drames ou comédies du quotidien. Ce qu’on vit est plus tactile, plus imparfait, tandis que ce qu’on tweet, texte, ou poste sur les réseaux est très vivide et contrôlé. Il m’a semblé intéressant de mettre en exergue cette vision des choses et ce contraste. Dans l’idéal, j’aimerais faire une troisième expo plus tard avec d’un côté les prints flashy d' »Allo? », et de l’autre les peintures brutes et passées de cette nouvelle expo.

 
Jean Jullien - la grosse itw - 13

Les deux galeries dans lesquelles vont se tenir l’exposition sont la galerie Michel Lagarde, celle de ton agent, et L’attrape Rêve, une galerie qui veut vraiment mettre en avant des artistes issues de l’illustration, du design graphique. Tu la vois comment leur démarche ?

 

Je trouve ça super bien sûr! Ils ont un historique intéressant avec leur magazine/ fanzine qui existait avant la galerie. J’ai l’impression qu’ils ont aussi de bonnes connections et qu’ils ont un réseau d’artistes assez liés, même si je n’en fais pas partie. Je suis un peu anxieux de voir comment ce principe de résidence va se dérouler puisque je ne travaille que très peu en public. Mais l’exercice me tente bien.

 
Jean Jullien - la grosse itw - 3
Justement, tu as déjà prévu à peu près ce que tu comptais y faire ou tu vas y aller freestyle?

 

J’ai un peu prévu mais n’étant pas un naturel avec la peinture, je me suis un peu limité. Ça va être chouette quand même, mais il faut que je vois l’espace d’abord. C’est toujours un pile ou face de se rendre sur les lieux pour la première fois. Mais j’ai vu les plans et des photos.

 

Niveau contenu, tu a prévu des sérigraphies j’imagine mais aussi des peintures. C’est assez nouveau les peintures en ce qui te concerne, les premières que tu as exposées c’était pour le festival Pick Me Up en avril dernier, je crois. Le passage à la peinture est une nouvelle étape dans ta carrière d’artiste?

 

Oui. Pour être honnête ç’aurait dû être la première étape puisque c’est un peu une fondamentale de la création graphique. Mais l’occasion faisant le larron, j’ai commencé à l’ère du digital. Après « Allo? ». qui était très contrôlé, colorisé sur ordi, remanié, recoupé et imprimé pour arriver au résultat optimum et parler au mieux de nos nouvelles moeurs, j’ai choisi la peinture pour continuer à parler de nous, sans les machines. Exit les machines dans le sujet, et donc dans le traitement. Ce n’est pas une lubie philo ou un retour en arrière, c’est juste l’envie d’essayer autre chose, de prendre des risques et de sortir de ma zone de confort.

 

Et tu nous a prévu encore d’autres surprises?

 

Oui, une ou deux petites suprises qui devraient être chouettes mais je ne veux pas qu’elles prennent le pas sur les peintures. C’est le problème de faire rivaliser volume et 2D dans une même expo: pour des raisons évidentes le volume est plus aguicheur que l’image plate, au premier abord en tout cas. Donc oui il y aura du volume, mais assez discret.

 

Les projets à venir:

 

Après cette double expo qui va se tenir tout l’été, j’ai vu que tu as une exposition de prévue en septembre chez Beach London et puis il y a aussi ce bouquin, Ralf, aux édtions Michel Lagarde. J’ai lu (ndlr: ici) que ce serait un livre pour enfants, racontant l’histoire d’un chien saucisse. La sortie est prévue pour quand?

 

Ralf devait sortir à la rentrée mais on a décidé de décaler la sortie. Il y a encore des choses à améliorer et vu mon emploi du temps, j’aurais été obligé de le bâcler pour le sortir à temps. Cela aurait été dommage étant donné que c’est la première histoire que je crée.

 

Jean Jullien - la grosse itw - 15

 

Continuons sur les bouquins, est-ce que le fan de BD que tu es pense un jour toucher de près au 9ème art ?

 

J’adorerais ça. Je continue de me prendre des claques à chaque nouveau Blain, Ware ou Clowes… Mes copains Yann et Gwendal Le Bec et moi sommes tous les trois férus de BD et titillons de plus en plus l’idée, mais c’est un art à part entière et je crois qu’il faudrait que je m’y consacre entièrement pendant un moment pour arriver à quelque chose. Je n’exclue pas l’idée, bien au contraire, mais ce n’est pas pour cette année!

 

Enfin dernière question, ton imagination semble sans limites alors quels sont les rêves d’artiste que tu aimerais réaliser dans un futur proche ?

 

J’aimerais vraiment donner suite à l’expérience que fut Le Nid, le bar que j’ai créé à Nantes. Réaliser un espace public est une expérience incroyable, qui donne une toute autre dimension au travail de créateur.

 

Ca te fait une belle carte de visite en tout cas. Et bien Jean nous te disons un grand merci pour le temps que tu nous a consacré et nous donnons rendez vous à tous la semaine prochaine pour découvrir ta double expo  🙂 / 🙁 .

 

Jean Jullien - la grosse itw - 0

 

Si vous voulez en savoir plus sur Jean Jullien il y a cette petite monographie aux Editions Michel Lagarde (qui est très bien mais qui date de 2009), et pour suivre son actu suivez le sur facebook et sur son site.

 
tumblr_inline_mo6blexEe51qz4rgp
 

Jean Jullien –  🙂 / 🙁 – du 27 juin au 30 aout à L’attrape Rêve et  à la galerie Michel Lagarde.

1er vernissage – Mercredi 26 juin à la galerie Michel Lagarde à partir de 18h30
13 rue Bouchardon – 75010 Paris

 
2nd vernissage – le jeudi 27 juin à la galerie L’attrape Rêve à partir de 18h
15 rue Jean Macé – 75011 Paris
 
Toutes les oeuvres de cet article sont copyright Jean Jullien – All artworks ©Jean Jullien.

Une réflexion au sujet de « Jean Jullien :-) / :-( , L’interview »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *