JC Earl – La fête est finie @ Espace Oppidum

      Editions Koméla nous l’avait promis, une grande exposition du travail de JC Earl serait organisée à Paris. Et ça y est l’événement est enfin arrivée,  depuis mi-mai on peut se rendre à l’Espace Oppidum pour découvrir La fête est finie, nouvelle exposition personnelle de l’artiste. Celle-ci est encore visible tout ce weekend et si jamais vous n’êtes pas sur Paris en voici un recap en photos.

      L’exposition de JC Earl est très riche, on compte de nombreuses sculptures en céramiques, d’autres en bois et céramiques mais aussi plusieurs peintures sur bois et sur toiles. Au milieu des peintures accrochés aux murs, la plupart des personnages imaginés par l’artiste sont réunies ici en groupes très denses, et cet aspect de foules de personnages permet de bien s’immerger dans son monde enfantin et grotesque. Pour mieux vous en parler, voici c-dessous le texte rédigé par Editions Koméla, c’est vraiment une bonne introduction au travail de JC Earl:

L’œuvre de JC Earl présente un univers harmonieux et magistral, à l’esthétique brute et naïve, dans lequel la mascotte de Ralph Lauren se confond avec les cavaliers des écuries de « Fletcher Street » des photos de Mohamed Bourouissa. Des vendeurs de cigarettes à la sauvette aux joueurs de polo esseulés, ces Don Quichotte du XXème siècle vagabondent en arborant fièrement les stigmates d’une classe populaire qui s’est appropriée certaines enseignes comme un langage à part entière. En les représentant de façon approximative, Earl illustre avec dérision et grivoiserie les pratiques de sa génération, avec un certain attrait pour la contrefaçon.

En vacances annuelles chez son grand-père à Abidjan, Earl, enfant, s’endort le reste de l’année à Paris dans des draps des Miami Dolphins. Ces influences et visions hétéroclites, et parfois confuses, l’artiste les représente aujourd’hui avec son regard critique et désenchanté. Sa production prolifique fait naître des chimères contemporaines telles que des coursiers sur des chevaux à roulettes, des icônes déchues de la « pop culture » ou encore des enfants soldats à casques coloniaux, ces derniers réalisés en matériaux de récupération.

Les failles et imperfections apparentes sur certaines œuvres ne sont pas sans rappeler les cicatrices de leur auteur dont l’humour autoréférentiel irrésistible lui permet aussi de se jouer des codes de la céramique, sans l’abâtardir. C’est avec une aisance naturelle et un lâcher-prise insolent que l’artiste raconte ses antihéros grâce à une écriture brute et remarquable mais dont la subtilité n’est pas alambiquée. La fête est finie.

 

       Evidemment, parmi toutes les sculptures et peintures exposées, chacun trouvera son personnage favori, leurs expressions sont vraiment excellentes et il y a toujours toute une mine de petits détails et de références qui parleront à certains. A l’instar d’un Joakim Ojanen, il ne cesse d’en imaginer de nouveaux dans son Atelier Le Biscuit, au gré de ses humeurs, de ses rencontres ou des souvenirs. Mais outre ce travail qu’il développe en continu, JC Earl a aussi réalisé quelques séries de travaux sur des thèmes bien spécifiques, il y a par exemple cet ensemble de sculptures, les enfants soldats, avec leurs pistolets et fusils en bois, ou encore ce très chouette groupes de peintures de voitures avec leurs bagages entassés en colonnes improbables, des voitures cathédrales comme les appelle l’artiste Thomas Mailaender.

       Ce groupe de voitures fait partie d’une série de travaux plus large intitulée Retour aux pyramides, un retour dans l’Abidjan de son enfance. C’est l’une des facettes qu’on aime le plus dans le travail de JC Earl, cette partie autobiographique qui se nourrit de sa vie et plus particulièrement de son enfance. L’autre aspect très intéressant c’est cette ambivalence qu’on retrouve dans le titre de l’expo, La fête est finie: les enfants soldats ressemblent à des jouets de bois colorés mais racontent finalement une réalité plus sombre, les personnages arborent leurs look street branché mais tout semble ici contrefait, et les spiderman et batman super héros de l’enfance ont piètre allure. De l’imaginaire et des souvenirs d’enfance à cette réalité brute d’aujourd’hui, l’artiste mêle le rêve et le désenchantement, le clinquant et le grotesque avec une dérision qui lui est propre.

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All pics courtesy of JC Earl & Editions Koméla.

JC Earl – La fête est finie @ Espace Oppidum

présenté par Editions Koméla.

L’espace, situé 30 rue de Picardie à Paris, est ouvert tous les jours, de 10h à 19h, jusqu’au dimanche 3 juin.