Interview: Hell’O – Dyade @ Alice Gallery

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      Le collectif belge Hell’O revient exposer chez eux à Bruxelles, à la Alice Gallery. Cette nouvelle exposition s’intitule Dyade et le vernissage a lieu jeudi prochain. Leur travail a beaucoup évolué ces derniers mois: nouvelles techniques, nouveaux supports, et visuellement c’est encore plus fou. Dans notre impatience de découvrir leurs derniers travaux, nous sommes aller les voir fin octobre dans leur nouveau studio à La Vallée. Voici donc une petite interview, en avant-goût de ce nouveau show à venir.

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Emp’s: Bonjour les Hell’O. Pouvez-vous vous présenter briévement pour les gens qui ne connaissent pas votre travail?

Antoine: On est le collectif Hell’O de Bruxelles, Jerome et Antoine. On travaille en commun depuis pas mal d’années maintenant, puisqu’on a commencé dans les années 2000. On continue à bosser ensemble, les choses se passent bien et on a de plus en plus de projets.

Emp’s: On est venu vous voir à l’occasion de l’expo Dyade qui va ouvrir le 10 novembre à la Alice Gallery. Est-ce que vous pouvez nous dire quelques mots à propos du contenu de l’expo?

Jerome: On va y présenter un travail un peu différent de ce qu’on avait l’habitude de faire. On avait un travail assez constant de peinture sur papier et pour cette expo on a travaillé beaucoup de mediums différents. Il y a aura encore du travail sur papier mais cette fois avec une utilisation de l’aérographe, il y aura aussi beaucoup de toiles, des sculptures également, et du tissage. On a utilisé beaucoup de mediums, non pas pour dynamiser le travail, mais afin de le rendre plus varié. Il y a beaucoup de tests, beaucoup de pistes qu’on a explorées. Ce n’est pas vraiment une période transition mais force est de constater qu’il y a un changement assez fort dans ce qu’on fait en ce moment.

Antoine: On n’a pas envie de s’arrêter à des choses qu’on commençait à faire avec de plus en plus d’aisance. Même si pour nous c’est toujours aussi chouette de faire un beau dessin sur papier, c’est bien aussi d’aller là où on ne connait pas, vers l’inconnu. On essaie d’élargir nos champs de vision et de création.

Jerome: D’une certaine manière, il y aussi une recherche du medium parfait avec notre démarche actuelle. Car il est vrai qu’on s’était un peu posé dans un genre de système de sécurité et on est finalement attiré par beaucoup d’autres choses qui nous ouvrent de nouvelles portes: plus de peinture, de matière, de volume.

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Emp’s: Que ce soit avec vos dessins sur papier ou avec vos peinture à l’aéro, on a vraiment l’impression que la technique c’est un kiff pour vous, qu’il y a toujours ce soucis de perfection, de minutie.

Antoine: C’est quelque chose qui nous a collé aux doigts dès le depart, consciemment ou inconsciemment. Je pense qu’on devait être minutieux à la base. Mais c’est un aspect qu’on aime bien conserver et nourrir, et ce même avec les nouvelles directions que nous sommes en train d’explorer. Avant, on faisait du pointillisme « hyper poussé » qui nous prenait des heures et on essaie à présent d’obtenir des choses aussi fines avec d’autres techniques, comme par exemple en ce moment l’aérogrpahe. C’est assez excitant.

Jerome: Mais je pense que ça fait partie d’un processus qui nous amène à nous libérer d’un carcan trop rigide, qui pouvait être parfois un peu frustrant pour nous. C’est vrai qu’on est assez technique dans le sens où on aime vraiment bien approfondir une technique et essayer de la maitriser, il y aussi un petit peu ce côté « craft », on aime bien faire tout par nous même. Maintenant, avec la peinture, on a plein de nouvelles possibilités: ça nous permet de faire des couches, des surcouches, d’obtenir des matières. La peinture nous ouvre des portes de liberté, et un éventail de techniques plus large.

Antoine: En effet, tout en gardant l’aspect minutieux, on aspire à être un peu plus libre, plus laché. On aimerait arriver à trouver un équilibre entre des choses qui font comme un grand « splash » sur la toile et des choses hyper précises par exemple à l’aérographe qui arriveraient par dessus .

Jerome: On aimerait pondérer entre un travail très minutieux et une partie un peu plus libre, et ça vient naurellement, c’est un chemin qui s’ouvre. Mais on veut rester sur notre ligne de travail, pas tout changer d’un coup. On avance petit à petit vers cette direction, vers un changement qu’on ne connait pas encore mais qui arrivera sans aucun doutes.

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Emp’s: Du coup pour la réalisation de ces peintures, vous travaillez toujours avec un dessin préparatoire où il y a une part d’improvisation, de spontanéité?

Jerome: Avant on travaillait vraiment comme ça: la majeure partie du travail était faite en amont, et quand on posait nos projets sur le papier on savait automatiquement de quoi allait avoir l’air l’oeuvre finale, vu qu’on l’avait préparée de A à Z. Maintenant j’ai l’impression qu’il y a toujours ces phases de projet, de pré-projet mais il y a un peu plus de mystère, un peu d’aventure dans la réalisation. Avec la peinture, on peut changer la matière, si une partie ne nous plait plus on peut repeindre dessus. Ca peut sembler très banal mais dans notre pratique ce n’était pas si banal que ça. Tu vois on se libère vraiment de la rigité de notre processus de création.

Emp’s: Et en ce qui concerne votre travail à 4 mains, concrètement comment vous fonctionnez, l’un intervient sur la toile, et après c’est l’autre? 

Antoine: Quand on travaille, on établit ensemble l’idée du dessin, du format, des couleurs, puis on fait un croquis qu’on reporte à l’échelle mais on n’a pas chacun un rôle différent, on a le même rôle.

Jerome: La question n’est pas qui va faire la tête, qui va faire le corps. Le langage esthétique est vraiment commun aux deux, formellement et techniquement. C’est plus une question de dialogue en fait: c’est le discours qui change et qui crée des lignes de lecture différentes dans les oeuvres. C’est un dialogue entre Antoine et moi, on se répond dans les peintures.

Antoine: Et c’est devenu très naturel. Dans les dernières grandes toiles qu’on a faites à deux, parce qu’on ne fait pas que des choses à deux, je me rappelle qu’on les a réalisées en très peu de temps, il nous a fallu quelques jours seulement pour achever les peintures. Quand on se met sur un truc en commun, ça se fait vraiment très facilement.

Jerome: Par contre ces derniers temps, on part dans des direction différentes, on travaille un peu en entrelacs. Pour le coup ici c’était flagrant: Antoine était parti dans des formes plus simples en aplat alors que moi je m’étais focalisé sur l’aérographe. Mais le principe c’est de partir dans des directions différentes et de se retrouver à un moment plus tard, pour enrichir justement ce travail à 4 mains. Il y a eu de longues périodes durant lesquelles on travaillait ensemble, dans le même espace, sur des mêmes thèmes, mais pas forcément sur le même support. D’ailleurs la majorité des oeuvres qui seront exposées chez Alice sont des oeuvres indépendantes d’Antoine et moi.

Antoine: Ce que l’on fait d’habitude, c’est à dire confronter nos discours, faire parler notre dualité avec le même médium, et bien à l’expo on va les confronter par oeuvres interposées, mais la lecture sera identique.

Jerome: Avant dans une seule toile, il y avait beaucoup d’histoires. A présent c’est plus synthétisé, une idée convient plus à une forme. Auparavant il y avait en fait beaucoup d’idées, beaucoup de lignes de lectures dans une même oeuvre. Le but à présent c’est de trouver la forme adéquate pour chaque idée quitte à ce que ce soit complètement différent.

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Emp’s: Votre travail a en effet beaucoup évolué ces derniers mois. A propos de vos personnages, on a l’impression qu’on en retrouve certains qu’on connaissait mais sous une nouvelle forme, est-ce que c’est le cas?

Jerome: C’est tout à fait ça, les formes sont plus simples, plus géométriques.

Antoine: Elles restent très figuratives mais moins humanisées. Dans nos oeuvres précédentes, on avait toujours ce personnage un peu asexué, avec ses jambes noires, sa cagoule et son bec (ndlr: jetez un oeil ici aux précédentes expos des Hell’O). Maintenant on part beaucoup sur des personnages très géométriques.

Jerome: Il y a une réelle intention de synthétiser les formes, d’arriver à obtenir des choses un peu plus simples, voir de la géométrie pure. Sans les yeux et les pieds tu pourrais même dire que c’est de l’abstraction géométrique. Mais bon, il n’y a rien à faire, ce langage de personnages, du corps, on n’arrive pas à s’en éloigner même si ce n’est pas forcément notre envie.

Antoine: On vise aussi à faire moins de figuration, on cherche, là également, à trouver un équilibre entre les deux, mais pas forcément à partir dans l’abstraction totale. C’est toujours un peu le chemin classique, passer de la figuration à l’abstraction, mais nous on a toujours dessiné des personnages, ils ont toujours été présents même si dans certaines oeuvres de l’exposition on ne les reconnait que grâce à leurs yeux. C’est sûrement une sorte de truc obsessionnel chez nous.

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Emp’s: Parlons un peu des nouveaux supports avec lesquels vous avez travaillé pour cette exposition: il y a du tissage et des céramiques. Comment vous avez démarré ces projets?

Jerome:  Si on regarde nos expositions précédentes, il y a toujours eu des installations, des choses en volume. Le problème c’est qu’on aime bien faire les choses par nous même, il y a cette satisfaction de pouvoir les faire avec nos petites mains. On avait toujours eu l’intention de faire des choses en volume mais on ne maitrisait que le bois. On avait aussi essayé de travailler avec la fibre de verre mais ça n’a jamais vraiment abouti. On n’avait pas jusqu’ici trouvé un matériau qui convenait pour faire des sculptures à notre échelle.

Antoine:  il y a un atelier de céramique juste à côté. Avec tout ce matos à disposition, c’était l’occasion de tester ça. En ce qui me concerne, ma copine est designeuse textile donc j’évolue un peu dans cet univers là aussi, via ce qu’elle vit et ce qu’elle fait de son côté. L’idée de faire une oeuvre textile me trottait dans un coin de la tête et je me suis dit que j’allais me lancer. J’en ai parlé à une de ses amies dont le travail est totalement fou, c’est simple elle est aussi minutieuse que nous mais en textile (ndlr: il s’agit d’Ani Bedrossian, vous pouvez voir son travail ici). Et puis c’était vraiment quelqu’un avec qui j’avais envie de bosser. Donc je lui en ai parlé, elle a été ok, donc on a foncé. C’est la première fois qu’elle fait de la figuration, elle a un travail très graphique, très abstrait normalement. On va voir le résultat, là j’en ai encore pour 2 semaines d’attente. La pièce va être finie juste avant le vernissage, car c’est beaucoup de travail en fait: ce n’est pas fait avec un métier à tisser mais vraiment à la main. On ne se rend pas compte mais c’est vraiment laborieux

Emp’s: Ca va être une tapisserie accrochée au mur?

Antoine: Pour l’accrochage je ne sais pas encore, on verra bien parce que le verso est intéressant aussi.

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Emp’s: Et pour revenir aux céramiques, ce sont des petites modèles qu’on peut voir ici mais est-ce ça ne vous donne pas envie d’en faire des plus grands?

Jerôme: Oui des grands, et des formes différentes, il y a plein de possibilités. C’est un monde aussi qui s’ouvre. Le volume nous a toujours intéressé parce je pense que nos formes conviennent aussi très bien pour le volume. Mais j’aime bien aussi qu’il y ait cette minutie, comme dans nos oeuvres sur toile et papier. J’aime que ces sculptures soient constituées de ces petits objets. Elles ont l’air un peu instables aussi avec leurs structures en équilibre, j’aime bien cette impression de fragilité.

En tout cas on a très hâte de découvrir tout ça fini à l’exposition alors rendez vous pour le vernissage! Merci pour votre temps les Hell’O.

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      Comme vous avez pu le voir, on pourra découvrir dans l’exposition Dyade de nombreuses peintures, en petit format sur papier et en grand, voir très grand, sur toile, que de très belles choses en tout cas. Les céramiques sont vraiment très cool et vous allez voir qu’une fois peintes elles le sont encore plus. Nous avons également discuter avec le duo de leurs autres projets à venir, et ils sont très nombreux. Sans trop vous en dévoiler, ils vont sortir beaucoup d’éditions: du textile avec notamment une écharpe à venir chez The League Extraordinaire, beaucoup d’éditions papier il y aura notamment un pack de risographies édité pour l’expo Dyade et il y aura aussi une expo dédiée à leur prints qui arrivera prochainement, enfin il est fort probable qu’ils aient une édition en volume qui sorte l’an prochain. En attendant, on vous rappelle que le vernissage de Dyade c’est jeudi prochain, le 10 novembre, dès 18h à la Alice Gallery, ne manquez pas l’événement si vous êtes dans le coin.

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Hell’O – DyadeAlice Gallery

Vernissage le 10 novembre à 18h

Du 10 novembre au 23 décembre 2016
du mercredi au samedi, de 14h à 18h
au 4 rue du pays de Liège à Bruxelles

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