Genieve Figgis – Wish you were here @ Almine Rech Gallery

      Après avoir montré son travail à Bruxelles chez Almine Rech l’été dernier, l’artiste irlandaise Genieve Figgis revient exposer dans leur galerie mais cette fois ci à Paris. Elle y présente jusqu’au 24 février prochain une exposition personnelle qui s’intitule Wish you were here. Au gré d’une bonne quinzaine de nouvelles peintures, on peut avoir un bon aperçu de que l’artiste propose: une plongée dans l’univers picturale de la bourgeoisie et la luxure, avec un grand écart entre histoire de l’art et  macabre dégoulinant.

      La Almine Rech Gallery propose toujours de très bons textes pour accompagner ses expos et pour celle-ci c’est Eric Troncy qui y est allé de sa plume. Ce dernier débute et termine son essai (à lire ici) en faisant un parallèle inattendu entre Genieve Figgis et l’illustre Cecilia Gimenez qui avait restauré à sa façon Ecce Homo, une fresque centenaire du Christ peinte par le maitre Elias Garcia Martinez. Méconnaissable, le Christ raté de Cecilia Gimenez avait fait rire le web entier pendant quelques jours. Il est vrai que les personnages peints par Genieve Figgis ont eux aussi perdu leur visage ,noyés dans une peinture très liquide. Ici aussi on devine la toile, d’autant que l’artiste fait souvent des « reprises », comme elle le dit elle-même, de peintures classiques comme ici par exemple Les hasards heureux de l’escarpolette (1767) de Jean-Honoré Fragonard.

      Sous le pinceaux de Genieve Figgis , les paisibles peintures du XVIIIème mettant en scène la bourgeoisie et noblesse britanniques deviennent un peu plus rock’n roll et même un peu horrifiques. Pourries, voilà de quoi on l’air les personnages peints par l’artiste: en train de se liquéfier comme des morts-vivants, la bourgeoisie de Genieve Figgis est en décrépitude. Elle est aussi très irrévérencieuse, là où la peinture classique jouait les prudes et faisait d’un téton un scandale, la peinture de l’artiste irlandaise est érotique, même pornographique.  Avec leurs volutes de peintures et leurs formes approximatives, les oeuvres de l’artiste ont des airs de cauchemars alcoolisés cependant cette vision dans laquelle la peinture s’éparpille et se diffuse sur toute la toile n’a rien de flou, au contraire elle apparait comme une révélation de ce qui se cache derrière la surface de la belle image. On vous invite d’ailleurs à lire cet article très intéressant dans lequel on nous explique l’histoire qui se cache derrière certaines peintures choisies par l’artiste comme référence.

      Dans la suite de notre recap vous pourrez aussi apprécier quelques vues en détail des oeuvres, la technique utilisée par Genieve Figgis est assez folle car le processus semble laisser une grande place au hasard, l’artiste peint, puis c’est au tour de la peinture de dicter ses formes, l’artiste reprend alors là où la mécanique des fluides l’a menée. Comme elle l’explique dans cette récente interview l’artiste travaille sur plusieurs peintures en même temps, elle repassent sur chacune tant que la peinture est encore fraîche au gré de ses nouvelles idées. Au final sur la toile, l’image est très mouvante, cet amoncellement de fluides colorés s’est figé pour composer différentes scènes qui sont distinctes et évanescentes à la fois. A voir forcément en vrai si vous pouvez, et on espère pour ceux qui ne peuvent faire le déplacement que nos quelques clichés pourront un peu rendre compte du rendu incroyable des peintures de l’artiste.

 

Geniève Figgis – Wish you were here @ Almine Rech Gallery

Jusqu’au 24 février 2018 à Paris.