Casse et Vole! @ Galerie MR14

      Vous avez encore jusque fin de semaine pour allez voir l’exposition Casse et Vole ! qui se déroule dans un nouvel espace d’exposition parisien, la galerie MR14, très bel espace de 240m2 sous verrière situé au 14 rue Portefoin. Curatée par Stéphane Calais, Antwan Horfée et Hugo Vitrani, l’exposition réunit les deux artistes suscités accompagnés d’autres artistes amis à savoir Mario PicardoLouis GranetIdir DavaineAline Bouvy et Renée Levi.

      Ce petit groupe a des langages et des pratiques très proches, et cette proximité artistique saute aux yeux lorsqu’on découvre l’exposition. D’ailleurs au niveau de l’accrochage des dessins et autres études sur les treillis de bois que vous verrez plus bas, on a eu parfois des doutes l’espace d’un instant sur l’auteur de certains dessins. Le dessin justement, chacun des artistes de l’exposition y accorde une place primordiale, et les influences ou les chemins sont souvent partagés: bande dessinée, graffiti, illustration et autres. Dans Casse et Vole!,en passant d’une œuvre à une autre, on peut toujours trouver un lien, une concordance, pas plus d’un degré de séparation, le dialogue se crée naturellement entre les peintures, sculptures et autres travaux de l’exposition. Comment cette équipe  a été réunie? C’est Hugo Vitrani qui a organisé une rencontre entre Stéphane Calais et Horfée. Ce dernier a proposé de monter une exposition, à l’énergie comme ils l’expliquent, chacune des membres de ce trio de curateurs a alors fait appel à quelques  camarades de jeu pour se retrouver finalement à exposer à 7.  Nous ne connaissions pas le travail de tous les artistes en présence mais pour les raisons que nous avons évoquées précédemment leur travail nous aura aussi forcément parlé. Pour ce recap, on fait un petit peu les fainéants (on a pris toutes les photos, c’est déjà pas mal) car le dossier de presse est très intéressant à lire avec les points de vue des trois curateurs, du coup on vous les a distillés au fil des images (vous pouvez retrouver ces textes sur un petit livret dispo à la galerie). Pour rappel,Casse et Vole ! est visible jusqu’au 2 avril 2017.

 

C’est une exposition rapide, énergique. Une exposition d’attitudes.Décidée il y a quelques semaines et qui regroupe 7 peintres d’âges et d’origines différents mais aux préoccupations proches. Le dessin est primordial il provient du graffiti, de l’illustration, de la BD, de son Histoire propre.Il est le dénominateur commun à des artistes qui ne se connaissant pas forcément ont décidé de tenter une expérience commune, une exposition commune. Mais c’est un dessin hors du décalque photographique, un dessin construit, forgé comme une identité à force de bonds, rebonds, chutes et revers. Quelque chose qui se heurte à l’espace qu’il occupe, qui se glisse ou explose. Empruntant, volant de-ci de-là.

Cassant le rythme, la dialectique du tableau ou de la feuille pour pouvoir apparaître en plein jour porteur peut-être de bout du présent.Il est question ici d’une histoire du vandalisme, du graffiti des uns des autres. Et surtout il est question de peinture,comment celle-ci est encore un médium d’excellence tout en n’étant plus un art majeur. Comment cette peinture tente de parlerde ce présent-là par strates successives, par épaisseurs mais aussi par allusions, niveaux de styles, presque élégance parfois ou rudesse, vulgarité.

Ça casse ça vole et surtout ça respire…

Stéphane Calais

 

 

L’impératif c’est participatif et intense, il y a un petit côté ordre donné et évidemment théâtral, cliché, etc .

Cette expo est basée sur une association d’artistes pour certains à la stylistique proche (donc à cet endroit c’est attendu), mais qui est commeun bouquet bien garni de paramètres mêlant surprises et enthousiasme. Donc c’est l’inattendu leur point de rencontre.

Casser et voler sont évidemment liés par leur côté criminel mais l’intérêt est pour nous d’y voir deux choses : bien sûr que «Casse» est unmot extrême mais il peut être utilisé pour définir une action «artistique « et créative pour prôner un positionnement sans compromis. Au niveau du symbole c’est le plus franc , c’est évidemment synonyme de «détruire» mais casser veut quand même dire qu’il reste des pièces de la chose brisée. Ici bien sûr c’est un peu nos œuvres… On casse les codes du dessin , de la peinture et de la galerie MR14 que nous investissons. Evidemment c’est pédant car on se rassure, on ne casse rien aux codes et ici aussi c’est dans l’esprit populaire que l’on entend cette image d’ Épinal «casser les codes», juste pour exprimer finalement, casser un peu la routine ou les choses habituelles et classiques .

« Vole » est à double sens , voler comme un oiseau, ou voler dans un magasin. Une fois mêlé à « Casse », il suffit de prononcer les deux pour associer au second la connotation interdite du premier, chose implicite et fluide, c’est là que c’est intéressant. Le titre est court et plein de sens, ou décalé et con /drôle, j’ai préféré sensé. Il fait sens aussi évidemment face à la volonté de mélanger des gens qui n’ont de commun que la pratique et non les vies. Rien n’arrête les artistes qui veulent partager leur création avec une large audience, un espace, des oeuvres et des idées !

Antwan Horfée

 

 

Le titre claque comme un haïku imbibé d’autorité libertaire. Un ordre qui convoque le désordre. Casser des portes, des serrures, briser des vitres. Casser la ligne, malmener les frontières des mondes (la croute / le plat, le figuratif / l’abstraction, la couleur / le noir…). Travailler son style, recouvrir – ou pas – le support, mettre parfois sa peinture et son égo au-dessus des lois.

Voler ! Voler là-haut (comme les oiseaux vagabonds), voler en bas (son matériel, sa peinture ou sa nourriture), comme une réinterprétation de l’ancien conflit « High and Low » qui a longtemps animé la récente histoire de l’art.

L’expérience de la peinture est celle d’un shoot indomptable, souvent risqué et précaire. Une tension qui part de la main, du coude, des pieds et de l’oeil. Sauf lorsqu’il s’agit de peindre un sfumato ou d’exécuter un aplat ou un contour au spray vaporeux, la recherche du peintre est rarement floue. Le cliché est ancien mais vrai, : peindre est un exercice solitaire, mais il se fait souvent en groupe. Ici, les générations se croisent, des peintres ultra-confirmés aux plus jeunes au travail déjà bien rôdé. Les oeuvres présentées, souvent exécutées pour l’occasion, proposeront alors différents horizons possibles de la peinture, avec des références souvent communes, mais des pratiques qui creusent dans les marges (de la feuille blanche, de la peinture, des géographies urbaines, de la loi) leurs singularités.

Le dessin est un flottement suspendu dans l’air et la couleur dégradée, semble nous dire Stéphane Calais. Il surgit avec l’énergie du one shot de la peinture en spray chez Renée Lévi. Il est gonflé d’air, plastiqué, underground et populaire chez Antwan Horfee. Il se déploie en grand format tramé et superposé chez Mario Picardo pour qui la peinture semble être une technique d’impression. Il prend du volume et creuse des sillons intimes et un peu cochons dans les masses teintées de noir chez Aline Bouvy, pour qui la peinture semble être un massage. Le dessin sera peint et sortira des cases, des bulles et des narrations chez Louis Granet et Idir Davaine. Autant de travaux qui, mis ensemble, rappellent que depuis son surgissement dans les grottes jusqu’aux dépôts de métros (entre la peur nocturnes des ours et celles des maitres chiens), en passant par sa réinvention à l’ère numérique, la peinture n’est jamais une matière innocente.

Hugo Vitrani

 

 

Casse et Vole !galerie MR14

Jusqu’au 2 avril 2017 au 14 rue Portefoin à Paris

Avec  Stéphane Calais, Antwan HorféeMario PicardoLouis GranetIdir DavaineAline Bouvy et Renée Levi.

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