Book & Interview: Thorfine – Flash#1

 

Jeune photographe parisien, Thorfine vient de sortir son premier livre, Flash#1. Au travers de ses photos, il nous montre sa vision personnelle du graffiti, capturant le quotidien des acteurs de ce mouvement, que l’on suit au grès des voyages et des virées nocturnes. Autoproduit et édité à 400 exemplaires en dehors de tout circuit classique, Flash#1 est un instantané d’une pratique à la marge, 100 pages qui documente une communauté, vandales pour certains et esprits libres pour d’autres, mais qui reste méconnue du plus grand nombre.

 

Vous pouvez vous procurez votre exemplaire ici, sur le site de Thorfine. En attendant on a feuilleté l’ouvrage pour vous et même mieux, on s’est entretenu avec l’artiste:

 

 

Bonjour Thorfine, tu peux te présenter en quelques mots?

 

Je suis un jeune photographe.

 

A partir de quand tu t’es mis à la photo? Quel a été le premier sujet que tu as eu envie de mettre sur la pellicule?

 

Je me suis mis à la photographie depuis 5 ans, la photographie est, à mon avis, une discipline de voyeurs, la capture par l’image d’une situation, d’un instant, d’une émotion, je crois que c’est ce que j ai voulu faire dès le début…raconter des histoires et essayer de les partager.

 

 

Sur ton site, on peut voir une première série de photos sur les sans-abris, avec un très bon intitulé, « Sans toi ». Tu peux nous en dire un peu plus? C’était tendu à faire?

 

J’ai voulu à travers cette série « Sans Toi », qui n’était malheureusement pas du tout tendu à faire, mettre en lumière des individus qu’on laisse survivre dans l’ombre, les mettre en valeur malgré leur transparence, montrer le contraste entre les passants peu soucieux de la misère sous leurs yeux et de ces clochards souvent amorphes, seuls, écorchés par la vie et mis au banc de la société.

 

Les voyages m’ont permis de me rendre compte que Paris est une des seules capitale qui, malgré sa situation économique, compte des milliers de SDF visibles dans nos rues…Malheureusement en France rien ou presque n’est fait pour aider ces gens là…Dans un pays comme la Norvège par exemple, à Oslo, il n’y a pas de SDF dans la rue, en échange de services ou de petits travaux, le gouvernement leur offre un logement. Ici on les laisse crever sur le trottoir en espérant qu’ils ne salissent pas trop…

 

Présenter ces photos de sans abri, était pour moi une manière de montrer des gens qu’on ne regarde plus, dans une société où la misère est banalisée.

 

© Thorfine

 

Flash#1, c’est ton premier bouquin? C’était chaud à monter comme projet (on rappelle que tu as produit ça de manière totalement indépendante)?

 

En effet, ce projet m’a demandé beaucoup de temps et d’énergie, cette expérience enrichissante m’a permis d’apprendre et de faire face à certaines difficultés, notamment pour la mise en page, le choix des photos et le financement.

 

J’ai réalisé ce premier ouvrage de manière totalement indépendante afin de rester maître de mon projet, fidèle à mes idées et à mes engagements.
Je pense que le prochain « Flash » sera plus simple à faire techniquement mais toujours indépendamment de n’importe quelle maison d’éditions ou autres, pour les mêmes raisons….et toujours aussi dur à financer.

 

Dans celui-ci on trouve différents instantanés de la vie de certains crew de graffeurs parisiens, lesquels et pourquoi ceux là?

 

Les crews présents dans ce livre sont VMD, KSF, 1UP, PAL, The Grifters, pourquoi ceux la…..Ces crews font parti des plus représentatifs d’une activité visible dans la rue, sur trains, et sont des proches.

 


 
Tu es toi-même un graffeur? 

 

Je fais du graffiti, mais je préfère ne pas dire ce que je fais, je souhaite que les gens distinguent ma pratique photographique du reste, je n’ai pas l’habitude d’en parler, ces questions sont le genre de questions auxquelles je ne réponds pas au poste je ne vais pas non plus y répondre ici….

 

Dans la courte introduction que tu fais au début du bouquin, tu précises bien que tu montres l’envers du décor,tags, flops et autres aspect esthétiques passent au second plan, c’est la vie des graffeurs que tu documentes ici. Comment tu as fait ton choix pour les photos, quelles facettes de cette pratique as-tu voulu mettre en lumière?

 

Ce livre ne représente que ma vision des choses, je ne prétends pas, à travers 100 pages de photos, montrer l’envers du décor du graffiti dans son ensemble….chaque ouvrage lié au graffiti est différent, chacun peut interpréter ce mouvement et le retranscrire comme il le souhaite à travers ce qu’il photographie, ou en suivant tel ou tel groupe dans tel ou tel pays.

 

Le graffiti est gratuit et libre à tous, on y retrouve toute sorte de gens et toute sorte d’ambiances. Pour les groupes présents dans ce livre, le graffiti fait partie intégrante de leur vie, ce n’est pas un hobby mais une façon de vivre, de voir et un besoin d’évoluer dans ce monde de manière complètement différente voire marginale.

 

Ma volonté était de présenter l’envers de leur décor, des situations, des instants de vie et différentes façons de faire.

 


 
Tu fais bien le distinguo aussi  entre le graffiti présenté dans les médias, souvent associé au street art, et celui dont tu parles, une pratique en marge, entre jeu et rebellion contre le système. Photographier cet univers c’est aussi une façon de le combattre, de ne pas t’y soumettre?

 

Le street art et le graffiti sont deux choses totalement différentes, le street art est préparé à l’avance puis amené dans la rue avec différentes motivations selon les gens qui le pratiquent, le graffiti que je montre n’est pas préparé, il est spontané, instinctif, fait directement dans la rue sans fioriture.

 

Je ne crois pas que beaucoup d’artistes pratiquent le graffiti de façon revendicative ou « contre le système », c’est une pratique en marge du fait de son illégalité relative. Que le graffiti soit en galerie ou dans la rue, les mêmes institutions t’encensent ou t’enferment.

 

Pour certains c’est une façon de vivre qui est complètement différente du train de vie commun, en marge des règles, avec ses propres codes et pour d’autres un passe-temps du dimanche ou un moyen de gagner de l’argent.

 

Pour ma part, photographier cet univers n’est ni un acte de rébellion ni une façon de combattre, c’est juste de la photographie, je montre simplement à travers des images ces artistes en action…je crois cependant que vivre selon ses propres règles, sans se soucier des lois établies par des gens aux motivations plus malsaines les unes que les autres constitue un acte de rebellion bien plus concret.

 

 

Pour terminer quels sont tes projets futurs? Flash #2? Tu participes aussi à une expo il me semble en mai prochain avec notamment Horfée, Keno et Ilk.

 

Je travaille dans un labo photo dans lequel je tire et développe mes photos moi même, principalement en noir et blanc, je souhaiterai par la suite pouvoir présenter une exposition de mes tirages sur des sujets et des thématiques différentes.

 

En parallèle je continue à développer mon projet « Flash 2 » qui sortira d’ici un an ou deux!

 

Je participe également à l’exposition « Saucisse Curry » à Berlin organisée par la galerie Urban Spree, qui se déroulera là partir du 9 mai et dans laquelle je présenterai des tirages tirés du livre, avec Bruce, Mina, Yeemd, 2Shy, Sexy, Horfée, Keno et Ilk qui eux présenteront des dessins, peintures, sérigraphies, photographies.

 

Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. On te souhaite bonne continuation et on suivra de près la sortie de Flash#2.
 


 

Thorfine – Flash#1  dispo ici au prix de 20€
 
400 exemplaires numérotés//100 pages couleurs//Papier 170g//Photos argentiques inédites//Impression offset//Dos cousu

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