Bisou Magique @ Galerie Derouillon

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       La galerie Derouillon présente actuellement une exposition collective intitulée Bisou Magique. Celle-ci est proposée par Yundler Brondino Verlag, maison d’édition fondée par Aurore Chauve et Guy Yanai qui nous parle de l’expo dans le texte posté un peu plus bas. L’artiste israëlien participe également à l’expo avec une de ses oeuvres, qu’on retrouve aux cotés de celles de Strauss Bourque–lafrance, Luc Fuller, Nathalie Du Pasquier, Torbjørn Rødland et deStanley Whitney.

 

      Dans le petit espace de la galerie parisienne, chaque artiste est donc venu avec une oeuvre unique, une peinture, une photo ou encore une sculpture. D’habitude on est rarement emballé par ce type d’expos collectives qui jouent, disons le clairement, souvent les bouches trous. Mais ici la proposition de Yundler Brondino Verlag est plutôt convaincante, tout comme le discours de Guy Yanai à son propos. Vous ne serez pas forcément touché par toutes les pièces présentées mais nul doute que certaines d’entres elles auront eu l’effet escompté. Dans notre cas c’est la photo de Torbjørn Rødland, la sculpture de Guy Yanai et la peinture de Nathalie Du Pasquier qui nous seront restés à l’esprit, pour leur douceur reposante. En ce qui concerne la sculpture de Guy Yanai, elle s’apprécie sous toutes les perspectives et lorsqu’on se positionne face à elle, on retrouve alors les formes géométriques simples et planes des peintures de l’artiste. Nous l’avions déjà vu en photo dans une autre expo de l’artiste et, de loin, nous l’avions prise pour une sorte de pupitre de chef d’orchestre. En fait comme il l’explique plus bas, il s’agit du parasol d’une terrasse de café de la place République, située à deux pas de la galerie. La sculpture porte d’ailleurs le nom de la place et nous n’avions pas fait le lien avec la peinture du même nom. Forcément on s’est senti un peu bête en lisant l’explication mais notre méprise nous aura fait sourire, un bon moment de plus dont on se rappellera en sortant de la galerie. De toute façon ici on est loin du sérieux de l’art contemporain et il y a vraiment un esprit de légèreté qui habite cette expo, un peu comme les pierres volantes du tableau de Luc Fuller.

 

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      Pour accompagner l’expo Yundler Brondino Verlag a édité un très joli catalogue, sous la forme d’un gros livre à spirale avec des pages très épaisses comme pour les livres pour enfants. Les couleurs reprennent le rose et le rouge de la sculpture de Guy Yanai, les pages et la couverture sont brillantes comme un gateau miroir, le catalogue de Bisou Magique est un vraie sucrerie dans laquelle on aimera se replonger.

 

Bisou Magique  - 13 Bisou Magique  - 14 Bisou Magique  - 12pics courtesy of Yundler Brondino Verlag

 

      Bisou Magique est visible jusqu’au 25 juin prochain, le catalogue est dispo à la galerie ou sur le site de Yundler Brondino Verlag, et on se quitte avec le texte de Guy Yanai et quelques photos souvenirs.

 
 

« Ah ! Ces Grecs comme ils savaient vivre. Cela demande la résolution de rester bravement à la surface, de s’en tenir à la draperie, à l’épiderme, d’adorer l’apparence et de croire à la forme, aux sons, aux mots, à tout l’Olympe de l’apparence. Les Grecs étaient superficiels… par profondeur. »
Friedrich Nietzsche
 
À l’instant précis où la mère dépose un baiser sur la blessure, l’égratignure, la petite bosse, l’on se sent déjà mieux, l’on est guéri. Scientifiquement parlant, il ne s’est pourtant rien passé, logiquement, il ne se passe rien. Et pourtant, l’on se souvient encore de l’émotion d’un « bisou magique » lorsque l’on est déjà grand, et même vieux.
C’est Aurore qui utilisa ce terme pour la première fois devant moi. Evidemment, j’avais déjà entendu quelque chose de semblable en hébreu lorsque j’étais petit, et aussi en anglais, mais la version française me semblait exprimer parfaitement cette magie ! Immédiatement, le son de ces deux mots, leur résonance phonétique, devint addictive et hypnotique. Et plus nous réfléchissions à ces mots, plus ils prenaient un sens profond.

Au départ, cette exposition devait s’intéresser à ce moment précis où une mère dépose un baiser sur la blessure de son enfant, un gros plan ; mais Paris n’aurait-elle pas besoin d’un « bisou magique » en ce moment ? Est-ce que l’Europe n’aurait pas besoin elle aussi d’un « bisou magique » ? Un événement à la fois culturel et émotionnel qui (même de façon superficielle) rassurerait les gens en leur disant que tout ira bien. Cette exposition ne changera rien. Elle aura lieu dans une petite rue du haut Marais, dans une petite galerie propre et jolie, dirigée avec intégrité.

 
L’exposition présentera des œuvres d’artistes de trois générations différentes, à la fois d’Europe et des États-Unis. Chacune de ces œuvres est faite à la main, avec des techniques plus ou moins traditionnelles. “Trees and Stripes” de Torbjørn Rødland est une image douce et poétique, presque prise en secret d’un jeune homme assis sous un arbre. L’œuvre de Stanley Whitney est une humble peinture de 2010 d’un peu moins d’un mètre carré, intitulée Sans-titre. Le tableau de Luc Fuller représente un carré dans un rectangle, des formes grises, comme existant nulle part. Son travail rappelle les grands maîtres du 20ème siècle comme Morandi et Guston, une profondeur calme et sombre en échappe. Strauss Bourque-LaFrance y ajoute son œuvre murale composée d’acrylique et de cire d’abeille sur du bois de tilleul, tirée de sa série d’objets des Etats-Unis, des pièces en bois qui peuvent refléter le visage d’une femme. Le travail de Nathalie du Pasquier est aussi un carré d’un mètre sur un mètre, également « abstraite », mais la relation et l’influence de son travail sur les générations plus jeunes se voit de manière évidente dans le travail de Fuller, de Bourque-LaFrance et bien sûr dans le mien. Ce sont encore des formes dans l’espace, qui semblent exister nulle part. De mon côté, j’ai décidé d’y montrer une sculpture que j’ai réalisée en réponse à mes déambulations sur la place de la République avec Aurore il y a environ six mois. Plus une peinture en trois dimensions qu’une sculpture, elle représente simplement un parasol de café environnant la place de la République, la place qui se trouve derrière la galerie, la place des manifestations et des rassemblements suite aux attaques de janvier et novembre 2015.
 
Nous espérons que cette petite exposition résistera à l’immédiateté et célébrera une présence qui perdurera dans le futur, ou comme le disait Nietzsche plus haut, qui s’arrête à l’épiderme et célèbre une superficialité si touchante qu’elle en devient profonde.
 
 

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Bisou Magique @ Galerie Derouillon

 

Jusqu’au 25 juin 2016

 

38 rue Notre Dame de Nazareth 75003 Paris

 

Du mardi au samedi, de 14 à 19h

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