Antoine Orand x Mario Picardo – Rapport de Force @ Galerie P38

       Pour sa dernière exposition en date, la galerie P38 avait réuni Antoine Orand et Mario Picardo. Ces derniers mois, les deux artistes français ont beaucoup fait évoluer leurs pratiques et ils sont donc venus se mesurer l’un à l’autre dans cette expo intitulée Rapport de Force

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       Evidemment la rencontre était tout ce qu’il y a de plus amicale et même si les peintures de chacun était affichées côte à côte, ou face à face, le public n’était pas là pour compter les points, tout au plus apprécier leurs styles respectifs. Nous avons surtout pu constater certaines similitudes entre les travaux actuels des deux hommes et ce bien que leurs chemins soient relativement différents.

       Antoine Orand se balade entre Paris et Bruxelles, on le connaissait surtout pour sa série Claires Fontaines, des comic strips mettant en scène des objets du quotidien, dans leurs actions les plus banales, Dans cette série, son trait est des plus précis, la ligne est claire et ce dessin très épuré tend tout à la fois vers le dessin technique et le dessin de design, très loin de ce qu’il propose ici en peinture. Seul le dessin d’un canif est venu se glisser dans l’accrochage pour nous rappeler cette partie de son travail. Avant d’arriver à ces peintures, qui sont à notre connaissance les premières qu’il ait réalisées, l’artiste est passé par une étape transitoire, un travail de collage qu’il avait intitulé TAS. Pour les collages en question, il utilisait ses dessins à la ligne claire comme matière première, mais au sens propre comme si ceux-ci était de la pâte à modeler qu’il pouvait assembler, morceaux par morceaux, pour donner forme à l’oeuvre finale. Dans le travail présenté à la galerie P38, on retrouve l’esprit de la série TAS mais les collages ont disparu, et les morceaux de dessins se sont fondus dans la peinture, pour donner des oeuvres plus abstraites et au geste plus libre.

      Mario Picardo pratique la peinture depuis plus longtemps mais ces derniers mois son activité s’est intensifiée, notamment depuis qu’il a rejoint Antwan Horfée dans son studio. Après avoir rempli de multiples carnets de croquis, il s’est remis à peindre sur des formats beaucoup plus grands. On avait pu en voir notamment quelques-uns dans deux expos collectives, Pink Flamingo et Casse et Vole!. L’exposition à la galerie P38 est aussi l’occasion de découvrir un autre axe de son travail, les monotypes. Pour rappel, un monotype est une estampe originale, à tirage unique. Mario Picardo travaille donc par couches successives, en découvrant le résultat de son travail au terme du processus. Avec les techniques d’impression utilisées pour ces monotypes, il joue avec les points de trames, il parvient à obtenir des grains particuliers, les encres permettent aussi d’avoir des couleurs plus intenses comme ce noir abyssal utilisé dans plusieurs des pièces exposées. Le rendu est certes différent des peintures mais finalement les compositions sont similaires et on retrouve un certain travail par couches semble-il. En effet sur certaines des peintures sur toile on peut distinguer plusieurs strates par transparence. Dans le cas d’Antoine Orand, la profondeur n’est pas due aux couches mais plutôt aux différents plans dans lesquels se superposent les objets en volume qu’il dessine. En parlant d’objets, ils sont une source d’inspiration commune pour les deux artistes qui s’emploient à poser sur la toile la transcription d’un quotidien populaire, de « supermarché », mécanique et plastique. L’exposition permettait donc de voir, de jauger, où en sont les deux hommes dans leurs évolutions parallèles, et il sera évidemment intéressant de suivre leurs parcours futurs. En attendant on vous laisse apprécier les photos de l’expo.

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